Erica BOISMAIN

« Comment j’ai emprunté l’ascenseur social »

 

Tout a débuté au collège. Lors des choix d’orientation scolaire de 3ème, j’avais identifié deux options : partir dans une école de coiffure ou commencer un BEP électrotechnique. C’est l’éducation nationale qui a choisi pour moi. Je me suis donc retrouvée dès lors, plongée dans un univers masculin dont je n’avais pas l’habitude. L’électronique et l’automatisme ont touchés ma curiosité et mon intérêt.

C’est en seconde année de BEP, que mon professeur d’atelier nous a tendu, à moi et quelques camarades, la brochure pour réaliser le concours d’entrée dans les écoles IEG. Après concertation avec mes parents, j’ai passé le concours écrit à Saint Brieuc. Originaire de Lannion, le périple devenait une aventure. A l’issue de cette première étape, une sélection a été réalisée et certains d’entre nous ont été appelés à passer le concours oral dans les écoles susceptibles de les accueillir.

J’ai, pour ma part, reçu une convocation pour l’école Gaz de France à Saint Etienne de Montluc. C’est avec une réelle fierté que je me suis rendue sur place, tenant compte du fait que j’étais la seule à avoir obtenu ce courrier d’appel dans ma classe et que le prestige de pouvoir entrer dans une école aussi réputée motivait mon envie de réussite à ce concours.

Juste après avoir obtenu mon diplôme de BEP électrotechnique, j’ai reçu l’accord pour mon entrée dans l’école IEG de Saint Etienne de Montluc qui devait débuter en août. J’avais encore le choix de refuser et de partir en Irlande pour un voyage prévu avec des amis ou prendre en main mon avenir professionnel et commencer la démarche d’entrée dans l’établissement.

Le 1er août 1994, j’ai démarré un BAC professionnel énergétique option A au sein de l’école Gaz de France, en internat, entourée d’environ 80 garçons et une seule autre fille. J’ai appris non seulement à être une « gazière », mais aussi à me forger un caractère.

A l’issue de ma formation, le 1er août 1996, ma carrière a débuté au sein d’une équipe de terrain assurant maintenance, surveillance et exploitation des ouvrages de transport de gaz haute pression de la région parisienne.

Progressant dans le domaine cartographique, mon expérience s’est enrichie de connaissances en bases de données d’ouvrages, plans de tuyauterie, ATEX (Atmosphère explosive), Plan local d’Urbanisme (PLU) et parcellaires. Rédactrice de dossiers d’épreuves hydrauliques, en relation avec la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement et Aménagement du Logement) j’ai réalisé celles-ci sur le terrain. Retenue pour les besoins en gestion des archives techniques, au sein d’une équipe de 4 personnes, nous avons créé la 1ère base de données de la Région Ile-de-France recensant les documents d’autorisation d’exploiter.

Désireuse d’évoluer dans un domaine en relation avec l’environnement des ouvrages, je me suis orientée vers un poste traitant les demandes d’urbanisme. En relation avec les collectivités, en adéquation avec la préservation de nos canalisations et la constante évolution de l’environnement, j’ai étudié les dossiers afférents aux différentes réglementations liées aux constructions tant aériennes que souterraines en réalisant en parallèle des calculs d’acceptabilité.

Soucieuse d’évoluer en apportant mes connaissances comme retour d’expérience, je me suis orientée vers une activité réunissant l’analyse de l’environnement et le domaine technique gaz en y associant une vigilance sur le risque industriel, afin de concilier l’acquisition de nouvelles compétences avec mon épanouissement personnel.

J’ai obtenu ma médaille de 30 années de service en 2024 et j’ai pris du recul sur toutes les étapes qui m’ont amenée où je suis. A regret, je ne trouve plus l’esprit de solidarité que j’ai connu à mes débuts, mais je suis fière d’avoir pu parcourir un tel chemin en tant que femme et reconnaissante pour la confiance que l’on m’a donnée. Je conclurais en disant que les IEG ont facilité mon intégration dans un contexte sociétale genré où tout le monde peut trouver sa place selon ses compétences et ses appétences sans discrimination. 

Erika BOISMAIN